Châteauneuf-du-Pape rouge : vin du Rhône

Le Châteauneuf-du-Pape est un vin rouge mondialement connu, un cru noble du Rhône méridional. Il tire son nom du fait que les papes résidant à Avignon s’étaient fait construire une résidence « secondaire », un palais, au nord de la cité papale. Les papes ont d’ailleurs fortement contribué au développement du vignoble : ils étaient amateurs de ces vins puissants.

La région a gardé cette réputation. Le Rhône méridional est le berceau de beaucoup de côtes du Rhône et de côtes du Rhône villages, et ses vins rouges « faisaient le bonheur des papes d’Avignon ». C’est aussi le pays du Gigondas et du Vacqueyras, des vins puissants et corsés aptes à la garde. Le Châteauneuf-du-Pape existe en rouge et en blanc, et le blanc, que la base juge « un très grand vin », est moins produit que le rouge ; cette page s’en tient au rouge, dont la fiche détaillée se trouve dans le catalogue des vins. Pour situer l’ensemble, le guide des vins du Rhône donne la carte d’ensemble.

Rubis profond, épices et torréfaction

À l’œil, le Châteauneuf-du-Pape rouge a une robe rubis, très profonde, aux reflets violets, et elle a de l’éclat. Au nez, le vin révèle des notes de fruits rouges et noirs mûrs, très intenses et puissants mais en finesse : c’est le grenache qui parle. Après aération, le bouquet se développe et s’ouvre sur de superbes arômes épicés et de torréfaction, grillés, chocolatés, auxquels se marient des notes animales, musquées, comme on dit dans le métier.

En bouche, c’est un vin à l’attaque puissante. La matière est très dense, charnue, avec des tanins fermes mais nobles qui ont du grain ; la finesse est au rendez-vous et les arômes aussi, sur une finale longue de notes torréfiées et épicées.

Treize cépages sur les galets roulés

À Châteauneuf, on utilise encore les fameux treize cépages pour l’élaboration du vin rouge. Du côté des noirs, la base de l’appellation compte le grenache noir, la syrah, le mourvèdre, le cinsaut, le counoise, le muscardin, ainsi que le terret noir et le piquepoul noir. Le grenache domine souvent l’assemblage, accompagné de syrah et de mourvèdre.

Le vignoble du Rhône « possède une diversité de sols impressionnante », et le Rhône méridional y ajoute un climat méditerranéen et des sols de calcaires argileux, de marnes, de calcaires gréseux et de galets roulés. Ces galets sont typiques du terroir de Châteauneuf, qui donne des vins puissants, généreux et épicés.

Garde, carafe et 16 °C

La capacité de garde est grande : plus de 20 ans au moins pour les bonnes années, et bien davantage pour les années exceptionnelles. Les Châteauneuf les plus concentrés sont de vrais vins de garde, et les vieux flacons exhalent de prodigieux arômes de sous-bois et de truffes. Cela change le choix du plat : un jeune Châteauneuf, encore plein de fruits mûrs et d’épices, s’accommode d’une viande rôtie à point ; un vieux, devenu sous-bois et truffe, mérite un plat qui lui répond sur le même terrain, civet, champignons ou gibier à plumes. On le sert en carafe, à une température de service de 16 °C.

Civets et rôtis de gibier à poil

La base le dit sans détour : le rouge « enchante merveilleusement sur des daubes de gibiers, sanglier, chevreuil et avec de la truffe, je vous prie ! ». Parmi les plats que Vin-Vigne classe en tête pour l’appellation, le sanglier revient sous plusieurs formes. Le civet de sanglier à la corse, le civet à l’ancienne et le civet provençale offrent la sauce longue et sombre qui répond à la densité du vin ; le dos de sanglier rôti, plus direct, laisse davantage de place au bouquet épicé d’un vieux millésime.

Canard, pigeon et gibier à plumes

Du côté des oiseaux, les rôtis dominent. Le canard aux cèpes est l’un des accords que la base place le plus haut, et le canard sauvage à la bigarade y ajoute l’amertume de l’orange. Le pigeon à la truffe du Ventoux, farci, et le faisan farci au foie gras et truffe noire sont des plats de fête. Pour le braisé, les perdrix braisées aux choux demandent un vin qui ne se laisse pas écraser par le chou. Pour d’autres idées autour de ce gibier, la page canard de la rubrique accords mets-vins complète la liste.

Agneau et porcelet, de la selle à la broche

L’agneau est un compagnon naturel, et la base propose deux façons de le cuisiner en sauce : la selle d’agneau aux olives et la selle d’agneau aux pruneaux, la seconde jouant la douceur du fruit cuit contre la puissance du vin. Au four, l’agneau de pré-salé rôti et le gigot d’agneau et grisets du Ventoux sont classés tout aussi haut. La page quel vin boire avec de l’agneau réunit les autres recettes. Entre l’olive, qui sale et prolonge le côté épicé du vin, et le pruneau, qui lui oppose une douceur de fruit cuit, le choix se fait au goût de chacun : l’un souligne le caractère méditerranéen du vin, l’autre en adoucit la puissance. Dans les deux cas, la sauce lie le plat à la matière dense du rouge.

Plus inattendu, le cochon de lait trouve sa place : le civet de porcelet aux pruneaux en ragoût, le cochon de lait au four et le cochon de lait farci à la broche montrent que ce rouge sait aussi accompagner une viande blanche bien grillée.

Cèpes, truffes et morilles

Avec la truffe, le Châteauneuf joue sur son registre de sous-bois. Le ragoût de truffes est cité pour le blanc comme pour le rouge, et l’omelette aux truffes de l’Île de Beauté prouve qu’un plat simple peut suffire. Les cèpes farcis à la bordelaise en entrée et l’entrecôte aux morilles à la poêle ouvrent d’autres portes, comme la croustade avignonnaise à viande, bien du pays.

Choisir l’année, regarder autour

Pour choisir un millésime, les millésimes du Rhône donnent les repères. Au nord, l’Hermitage et la Côte-Rôtie offrent la syrah dans une version plus tendue ; au sud, le Tavel, que la base présente comme le meilleur rosé de France, rappelle que la même région sait aussi boire frais. L’ensemble des vins rouges de la vallée du Rhône et la carte du Rhône méridional permettent de poursuivre la route.