Vins rouges de Saint-Chinian
Tout commence au VIIIe siècle, avec un moine. « C’est au 8ème siècle que le vignoble de cette appellation fut fondé. On doit cette initiative au moine Saint Anhan du monastère de Saint-Laurent. Il a donné son nom au vignoble Saint-Chinian. » Aujourd’hui, les vignes couvrent plus de 3 000 hectares de coteaux qui peuvent atteindre 400 mètres d’altitude, au nord-ouest de Béziers. Les Monts du Caroux et la vallée de l’Orb dessinent le paysage ; le Saint-Chinian y trouve, avec le climat méditerranéen et les sols de schistes, « un terroir unique qui fournit des vins rouges, rosés et blancs d’une grande qualité ». Cette page s’occupe des rouges.
Schiste ou calcaire : deux visages
Le rouge de Saint-Chinian n’a pas un seul style, et la base le dit sans détour. Sur les terroirs à forte proportion de schiste, le vin est caressant : « la matière est souple, dense et profonde, très caressante et d’un fruité extraordinairement fin et frais ». Sur les terroirs à dominante calcaire, « la matière sera plus puissante et les tanins plus fermes », et ce sont des vins destinés à la garde. Choisir un Saint-Chinian, c’est d’abord savoir de quel sol il vient.
Les cépages languedociens sont éminemment présents. Côté rouge, on retrouve la syrah, le grenache noir, le mourvèdre et le lledoner pelut. Pour le décor régional, la fiche du vignoble du Languedoc-Roussillon complète ce portrait.
Rouge profond, épices et cacao
Le Saint-Chinian rouge est drapé d’une robe rouge profond, très intense. Le nez s’ouvre sur des notes de fruits rouges intenses comme la framboise et la groseille ; les notes d’épices sont présentes, avec le cacao et des notes de torréfaction, surtout sur les terroirs à forte proportion en schistes. En bouche, l’attaque est franche, la matière souple, dense et profonde. Les tanins restent discrets sur le schiste et se serrent sur le calcaire, ce qui explique la différence de garde entre les cuvées.
Berlou, Roquebrun et les autres cuvées
Deux dénominations géographiques peuvent être adjointes à l’appellation : Berlou et Roquebrun. Chacune a sa fiche : le Saint-Chinian Berlou et le Saint-Chinian Roquebrun, avec leurs pages d’accords, Berlou et Roquebrun. Le Saint-Chinian ordinaire a lui aussi sa fiche en rouge et ses accords détaillés. Le rosé « généreux et puissant » et le blanc au nez de pêche et d’ananas existent aussi, mais font l’objet d’autres pages.
Garder ou boire : selon le sol
« Pour les Saint-Chinian rouges issus des terroirs schisteux, la garde n’est pas conseillée ; en revanche, pour ceux issus des terroirs calcaires, la garde pourra dépasser les 5 ans facilement. » C’est un cas où le potentiel de garde se lit dans la nature du sol plus que dans le millésime. La température de service est de 16 °C.
Agneau, bœuf et cuisines épicées
Officiellement, « on peut accorder ces vins avec des gibiers rôtis ou en daube ». Dans la pratique, la liste des plats que la base classe en tête pour ce rouge est surtout une affaire d’agneau, de bœuf et d’épices.
L’agneau domine. Le cassoulet à l’agneau, l’osso bucco d’agneau et le navarin d’agneau sont des plats mijotés, au jus gourmand, que sa matière souple suit sans effort. Pour une cuisson plus nette, la couronne d’agneau rôtie ou sa version farcie sont des accords de fête ; la page sur l’agneau rappelle les règles de chaque cuisson. Les tajines d’agneau aux olives et de bœuf aux légumes rejoignent ses notes d’épices, comme le navarin de mouton, ou le pilaf de mouton. Ce goût pour le mouton et l’épice explique aussi pourquoi un couscous a sa place sur la table.
Côté bœuf, on distingue le grillé et le sauté. Le rôti de bœuf au barbecue et le bœuf grillé à l’indonésienne cherchent le fruit ; le steak à l’ail aime sa fraîcheur. Les currys, le bœuf au curry, le curry de bœuf à la thaï ou le bœuf à l’indienne, trouvent dans le cacao et les épices du vin un vrai contrepoint. La page du bœuf couvre le reste.
Pour une table plus simple, le boudin noir, les merguez à la plancha ou le pâté en croûte en entrée font de bons compagnons, de même que la blanquette de veau aux olives pour les amateurs de viande blanche.
Les saveurs du Sud servent aussi de fil conducteur. Les olives entrent dans le bœuf aux olives comme dans la blanquette de veau citée plus haut ; les oignons doucement fondus dans le bœuf aux oignons ; les piments dans le bœuf sauce piquante et la chipolata. Le cari de poulet réunionnais montre que le vin ne craint pas la volaille épicée, et la marinade de bœuf comme les escargots à la corse sont deux entrées de caractère pour ouvrir un repas.
Choisir sa bouteille
Le Languedoc, rappelle la base, est « le premier producteur mondial de vins de cépages, et le leader des vins de pays en France ». Dans ce paysage très large, l’appellation Saint-Chinian offre des repères : les vignes sont sur des coteaux, le schiste domine, la syrah et le grenache sont bien représentés. Le vignoble du Languedoc-Roussillon cite d’ailleurs Saint-Chinian parmi les vins typés que donnent le grenache et la syrah, avec le Fitou et les Corbières.
Pour un repas de semaine, un Saint-Chinian de schiste, souple et fruité, se boit sans attendre, sur une viande poêlée ou une saucisse grillée. Pour un dimanche, un Saint-Chinian de terroir calcaire, plus puissant, peut passer par la cave quelques années, puis par une carafe, avant d’accompagner un rôti d’agneau ou un cassoulet. Les noms de Berlou et de Roquebrun sur l’étiquette signalent des lieux précis plutôt qu’un style ; la fiche de chaque vin détaille ses accords.
Les mots du Languedoc, dans la base, ont une profondeur historique : « L’étendue du vignoble languedocien, la typicité de chacun des vins qui y sont produits, révèlent l’intérêt et l’importance que la vigne et le vin ont eu, génération après génération en Septimanie. » À Saint-Chinian, le moine Anhan n’a pas planté une vigne de plus : il a lancé une tradition qui se lit encore dans le verre. La température de 16 °C que recommande la base pour le rouge convient aux deux styles, schiste ou calcaire ; seule la patience change, et c’est tout l’intérêt de lire la contre-étiquette avant d’acheter.
Dans le Languedoc, à côté
Le voisin le plus proche en caractère est Faugères, également sur schiste. Le Minervois La Livinière permet une autre lecture de la région. La page des vins rouges du Languedoc les rassemble, la carte des vins du Languedoc les situe, et les millésimes du Languedoc-Roussillon permettent de choisir une année.