Côte Rôtie : vin rouge du Rhône

Des coteaux « extrêmement pentus », formés à la main au fil des siècles : la Côte Rôtie n’est pas un vignoble comme les autres. La base la présente comme probablement l’une des appellations les plus prestigieuses du vignoble du Rhône dans sa partie septentrionale, un vignoble historique que les Romains furent les premiers à commencer à façonner, travail titanesque s’il en est. Elle ne produit ici qu’un rouge, et c’est celui que décrit cette page.

Le Rhône septentrional est, selon la base, « une merveille » par ses vins comme par sa beauté ; la Côte Rôtie y est « l’expression la plus aboutie du cépage syrah ». La fiche du vin figure dans le catalogue des vins.

Côte Brune et Côte Blonde

Le vignoble repose sur des constitutions géologiques qui influencent considérablement la qualité des vins. Traditionnellement, on distingue deux zones. La Côte Brune tient son nom des formations de micaschistes, avec une forte proportion de fer, ce qui lui donne une couleur ocre rouge, sombre. Le gneiss et les formations de calcaire, d’une couleur plus claire, sont à l’origine de la Côte Blonde. Les deux côtes sont exposées au sud-sud-est, sur la rive droite du Rhône.

La différence se goûte : les vins de la Côte Brune ont toujours un côté un peu plus robuste, plus masculin, contrairement à la Côte Blonde qui tire plus vers une personnalité féminine.

La syrah, reine, et un peu de viognier

Dans cette appellation, la syrah est le roi : c’est son terroir de prédilection, et elle atteint ici un degré de complexité hors norme. Le viognier peut entrer ou non dans l’assemblage, mais jamais à plus de 20 %. Pour le contexte général, le vignoble du Rhône note que « la Côte Rôtie est probablement la plus parfaite expression de la syrah ».

Violette, poivre et sous-bois

Le vin présente une robe rouge noire, très profonde, avec de belles larmes et des reflets grenat. Au nez, c’est une merveille : le bouquet exhale des notes de fruits rouges, framboise, cerise, fraise, et de fruits noirs, cassis, mûre. De magnifiques notes florales, comme la violette, apparaissent au second nez, auxquelles s’ajoutent de délicates notes épicées, comme le poivre, la réglisse et la cannelle.

Mais le bal ne s’arrête pas : le vin s’ouvre petit à petit, et des notes de sous-bois, d’humus, de tabac et de cacao enrichissent ce nez très complexe, toujours sur la finesse. En bouche, l’attaque est franche, la matière somptueuse, ronde, d’une grande profondeur avec de la concentration. Les tanins sont robustes, ils ont du grain et sont très fins. L’équilibre entre l’alcool et l’acidité est impeccable, la palette aromatique du nez est présente en bouche avec beaucoup de finesse, et la finale est très longue. Cet enchaînement fait tout l’intérêt de la dégustation : les fruits rouges et noirs d’abord, la violette et les épices au second nez, puis le sous-bois, l’humus, le tabac et le cacao quand le vin s’ouvre. Mieux vaut lui laisser du temps dans le verre, et ne pas le servir trop froid pour qu’il déploie cette palette.

Quinze ans de cave et une carafe

C’est un magnifique vin qui gagne énormément à être gardé en cave pendant plus de 15 ans, facilement, pour les grandes années ; la Côte Blonde comme la Côte Brune évoluent alors vers les notes de sous-bois, d’humus, de tabac et de cacao. Un authentique vin de garde, donc, qu’il vaut mieux ne pas ouvrir trop tôt. La fiche de la Côte Rôtie ne précise pas de température de service ; celle du Cornas voisin, autre syrah du Nord, indique 16 °C et la carafe, un repère raisonnable pour ce rouge.

Gibiers nobles, épices et champignons

La base est très claire sur l’essentiel : le vin « sera excellent sur les gibiers nobles, cuisinés avec des épices et une poêlée de champignon ». Les plats classés en tête pour l’appellation en développent le thème. Pour les oiseaux rôtis, la purée de bécasse à la bazadaise et les perdreaux rôtis aux raisins apportent la douceur du fruit à des chairs corsées ; le salmis de palombes, en ragoût, tire vers la sauce sombre. Pour le poil, le dos de sanglier rôti et les civets de sanglier, comme le civet de sanglier à la corse, prolongent la veine. Les épices du plat doivent répondre à celles du vin, ce poivre, cette réglisse et cette cannelle qu’annonce le nez : un gibier cuisiné aux épices ou aux baies, une poêlée de champignons bien dorée, plutôt qu’une sauce lourde qui masquerait la finesse.

Veau, agneau et cochon de lait

La surprise vient du veau, que la base met en avant sous plusieurs cuissons. Le tournedos de veau, poêlé, passe en tête ; le mignon de veau aux girolles et le rôti de veau aux girolles jouent la carte des champignons dorés, et le mignon de veau au vieux rhum la touche d’alcool. Pour en savoir plus sur cette viande, la page quel vin boire avec du veau détaille les cuissons.

L’agneau n’est pas oublié : le gigot d’agneau du Cabardès, le gigot farci aux cèpes et les ris d’agneau sauce aux cèpes y figurent, de même que le cochon de lait rôti et son cousin braisé. L’ensemble des accords sur ce sujet se trouve dans la page quel vin boire avec de l’agneau.

Trompettes, cèpes et truffes

Parmi les champignons, les trompettes de la mort poêlées sont l’un des trois premiers accords de la liste, et le tournedos aux trompettes de la mort les met en scène avec du bœuf. Le ragoût de truffes et les tournedos aux truffes poussent l’idée plus loin. Plus étonnant encore, le saint-pierre aux cèpes est le seul poisson de la liste : un plat que la base accorde au rouge et qu’il vaut la peine d’essayer.

Choisir l’année et poursuivre la route

Les millésimes du Rhône aident à repérer les grandes années, celles qui justifient les quinze ans de cave. La syrah du Nord s’exprime aussi à l’Hermitage, en rouge sur 100 % de syrah, ou au Cornas, plus rude et taillé pour la garde. Au sud, le Châteauneuf-du-Pape change de décor, et la page des vins rouges de la vallée du Rhône les réunit tous.